L’Institut Curie pendant et après le COVID-19

Interview du Dr Pierre Anhoury - Directeur des Relations Internationales de L’Institut Curie.

C3Medical coordonne les parcours de soins des patients internationaux pour la Direction des Relations Internationales (DRI) de l’Institut Curie depuis 2017. Ce département traite chaque année plus de 1200 demandes et reçoit sur site plus de 400 malades. 
Nous avons interrogé le Dr Pierre Anhoury, Directeur des relations internationales de l’Institut Curie, sur les process mis en place durant la crise du COVID-19 et les enseignements qu’il en a tirés.

Quelle est la particularité du Département International de l’Institut Curie ? 
Dr Pierre Anhoury :
Notre direction gère des demandes de malades uniquement atteints de cancers. Il ne s’agit pas d’un tourisme médical classique dans lequel une dominante commerciale peut s’exprimer. Nous analysons les cas avant tout du point de vue des bénéfices attendus dans un cadre éthique strict après concertation avec les médecins de l’Institut.

Quelles mesures particulières avez-vous prises pour les patients internationaux durant la crise du COVID-19? 
Dr Pierre Anhoury : 
Durant la crise du printemps 2020, le Directeur Général, le Professeur Pierre Fumoleau de l’Institut Curie a mis en place une organisation de Crise afin de coordonner les efforts et les politiques à mener au sein de l’établissement en cette période.  Il a notamment organisé tous les jours un call de 13h à 15h avec l’ensemble des départements de l’Institut. Ces réunions auxquelles nous étions présents ont permis à la Direction des relations Internationale de faire entendre les questions et les problèmes particuliers à résoudre pour les soins des patients venant de l’étranger. 

Dès le début de la crise nous avons compté les malades internationaux présents et bloqués en France du fait de la fermeture des aéroports. 
Nous avions à l’Institut Curie 121 malades internationaux en cours de soin. 
Dans un premier temps, nous avons effectué un travail d’explication avec les autorités, car très rapidement, les Ambassades nous ont appelé pour demander le rapatriement immédiat de leurs ressortissants par avions spéciaux. Mais nous avons su les rassurer : nous leur avons expliqué d’une part que nous testions leurs concitoyens et d’autre part que nous avions mis en place un « circuit sans COVID-19» dans l’hôpital, circuit bien séparé du « circuit avec COVID-19». Au final il n’y a eu aucun rapatriement. Nous voulions éviter à tout prix les rapatriements intempestifs qui auraient perturbé les traitements et l’évolution de la maladie. 
Cela fait, nous avons expliqué à nos malades étrangers que leur séjour à Paris allait être différent. Pour nous assurer qu’ils comprennent bien les mesures barrières et de distanciation, mais aussi les questions que nous devions leur poser nous avons fait appel à des interprètes 
Une autre mesure a consisté à retarder une opération ou des séances de rayons ou de chimiothérapie lorsque que cela était possible. Nous avons travaillé au cas par cas en fonction des médicaments que le patient allait recevoir, car certains médicaments ont des effets secondaires plus sévères que d’autres ; il fallait donc pour ces patients là et uniquement pour ceux là décaler les soins. 
Toutes ces mesures prises nous on permis de rassurer les malades et de les maintenir dans un univers « Covid free » tout en limitant leur risque d’attraper le virus. 

Comment avez-vous traité les malades internationaux qui se trouvaient dans leurs pays ? 
Dr Pierre Anhoury :
Nous ne les avons pas abandonnés et nous les avons accompagnés du mieux possible.
Tous les aéroports étant fermés et l’Agence Régionale de Santé nous interdisant de faire venir des malades étrangers pendant la période COVID-19 nous avons stoppé le recrutement physique. Mais, vous le savez bien, le cancer ne s’est pas arrêté dans le monde et comme en temps normal, de nouveaux malades ou ceux vivants une rechute, ont appelé au secours l’Institut Curie. Sauf que nous ne pouvions pas faire venir les malades pour les soigner alors nous avons mis en place un service de téléconsultation et de télésuivi pour répondre aux questions. 
Notre objectif était de faire en sorte que le malade commence à se soigner dans son pays sous notre guidance. Pour certains nous avons contacté leur médecin, pour d’autres, nous avons trouvé des relais (un ancien élève de chez nous résidant dans le même pays, un médecin relation locale d’un de nos médecins, etc.). 

Pour les malades à faire venir chez nous pour leurs soins, nous avons pu constituer des dossiers complets et préparer leur venue dès l’ouverture des frontières. Il y a eu 45 malades identifiés et préparés à se déplacer. En plus du dossier que nous avions crée, nous avons proposé pour chacun un certificat médical qui le rendait prioritaire sur un vol et facilitait l’obtention rapide d’un visa. 
Le 15 juin dernier nous avons eu le feu vert pour faire venir ces malades en fonction de la reprise des vols. 

Quels sont les enseignements que vous avez tirés de cette période ? 
Dr Pierre Anhoury :
Nous avons appris qu’il est possible de faire beaucoup de choses à distance et qu’il faut absolument continuer à développer la télémédecine. Nous avons même décidé de lancer un tout nouveau service de télé expertise dans lequel un médecin étranger peut dialoguer en vidéo avec un médecin de chez nous. Nous lançons un pilote pour tester ce service la première quinzaine de juillet. 
Le deuxième enseignement est que nous avons appris en marchant. Nous n’avions jamais vécu une telle situation, nous n’en vivrons peut-être plus jamais, mais si on devait la revivre je pense que nous avons acquis de bons réflexes. 
Enfin, nous avons beaucoup appris en terme de communication. Imaginez : vous dites à un patient qu’il faut retarder de 10 jours son traitement, qu’il est bloqué en France et que le décalage va engendrer des dépenses supplémentaires, cela nécessite un travail d’explication, d’accompagnement et de recherche d’optimisation des frais du séjour.

Quelles sont les mesures que vous avez prises pour accueillir à nouveau les malades étrangers ? 
Dr Pierre Anhoury :
Depuis le 15 juin nous sommes autorisés officiellement à accueillir des malades internationaux. Pour le moment nous commençons à faire venir uniquement les cas urgents. Nous leur demandons de faire un test PCR 48 heures avant le décollage. Puis quand ils arrivent nous les questionnons pour vérifier s’il n’y a pas le moindre symptômes. En absence de symptôme ils peuvent rentrer à l’hôpital. Si au contraire ils n’ont pas fait le test, nous en pratiquons un, dans ce cas les malades doivent séjourner 24 heures à l’hôtel. 

Avez-vous gardé le système de circuit COVID-19 free après le 15 juin ?
Dr Pierre Anhoury :
L’Institut Curie n’a jamais été un hôpital à risque, mais même si nous sommes aujourd’hui revenu dans un circuit total COVID-19 free, nous avons encore la capacité d’isoler les malades si cela est nécessaire. 
Le système de filtrage n’a pas changé : nous continuons à tester et à examiner. 
Le port du masque est obligatoire pour tout le monde.
Pour l’accueil des malades étrangers nous avons aménagé un salon dédié. Les malades ne rentrent plus dans nos bureaux, c’est nous qui nous déplaçons dans le salon d’accueil. Ceci nous permet de recevoir confortablement et de manière sécurisé nos patients.

Que diriez-vous à des patients internationaux qui ont un cancer et qui souhaitent venir se faire soigner à l’Institut Curie ?
Dr Pierre Anhoury :
Je leur dirais qu’ils seront reçus sans délais et qu’ils seront soignés comme des malades français au même niveau de qualité et de standard dès maintenant. Ils seront eux-mêmes protégés puisqu’ils bénéficieront des méthodes de filtrage que nous appliquons à 100% des malades. Je rajouterais qu’ils sont en sécurité car la sécurité s’applique à tous. S’ils peuvent faire un test PCR deux jours avant c’est une manière de rassurer les gens qui les accueillent.  
Aujourd’hui nous avons retrouvé une voie normale de prise en charge des malades mais les précautions sanitaires s’appliqueront à eux comme à tous les autres. 

Comment s’est déroulée la coordination avec C3Medical durant cette période ?
Dr Pierre Anhoury :
Nous avons partagé les mêmes règles, le même télétravail -  avec une conférence téléphonique tous les jours pendant la période la plus aigue. Nous étions tous ensemble, l’équipe de la Direction des Relations Internationales de l’Institut Curie et l’équipe C3Medical, pour veiller au suivi des 121 malades en cours de soin bloqués à Paris. Nous avons géré les cas un par un pour éviter les rapatriements intempestifs, permettre la poursuite des soins et éviter les retards dans les prises en charge. Depuis le début de notre collaboration, des équipes C3Medical sont présentes temps plein au sein du département, ainsi nous avons travaillé de la même manière que d’habitude mais à la maison et ainsi préservé l’esprit d’équipe qui nous anime depuis toujours. 

Comment voyez-vous l’activité sur les mois à venir ? 
Dr Pierre Anhoury :
L’aéroport d’Orly ouvre le 25 juin donc tout redémarre lentement. Il persiste beaucoup de pays dont les aéroports sont fermés et certains vont rester fermés jusqu’à la mi-juillet. Actuellement nous faisons venir les malades qui sont en situation délicate, nous les appelons et les encourageons à venir si cela est possible. Nous espérons que l’activité reprendra normalement en septembre dans l’intérêt de nos malades.