ITV #3 - Jérôme Soistier

Comment les technologies peuvent impacter positivement la qualité des soins en Afrique
Quels sont les problèmes que rencontre l’Afrique dans le domaine de la santé ? 
Même si tous les pays d’Afrique ne sont pas au même stade de maturité, Il y en a plusieurs. Au-delà d’une culture ne prenant pas encore totalement en compte les pathologies chroniques, qui pourtant se développent très rapidement dans cette région du monde, nous pouvons aussi citer pour une partie importante de la population : le manque de moyens pour accéder aux soins, le manque de médecins et de personnels soignant formés cumulé avec les distances parfois très importantes entre les foyers et les hôpitaux ou dispensaires, et la difficulté à accéder à des médicaments de qualité. Enfin, on peut également constater un retard important en termes de déploiement d’infrastructures et de formations de qualité. 

Y-a-t-il des solutions technologiques qui peuvent aider ? 
Les solutions sont nombreuses et il est impossible d’être exhaustif tellement les choses bougent vite. Je vais donc me limiter à quelques exemples qui me semblent être parmi les plus pertinents. 

Des applications digitales facilement accessibles et adaptées aux populations facilitent la prévention et la sensibilisation autour des comportements et de l’alimentation à favoriser. Ainsi, les modes de vie devraient pouvoir évoluer pour réduire les risques de maladies chroniques telles que le cancer, l’hypertension et le diabète, qui font des ravages.

Les technologies vont également faciliter l’accès aux soins de qualité et réduire l’impact du manque de médecins ou la distance. C’est le cas d’applications de « triage » qui permettent au téléphone ou en ligne, via un questionnement structuré et l’intelligence artificielle, de comprendre le niveau d’urgence de la situation du patient, de l’orienter le mieux possible et de réduire le recours à des consultations et des hospitalisations non nécessaires. C’est également le cas de la téléconsultation qui facilite l’accès à des médecins pour les patients en évitant des déplacements pas toujours aisés. La téléconsultation ou la télé-expertise, pour des cas rares et complexes, permettent également de faciliter des échanges avec des médecins référents à l’étranger, et d’obtenir un second avis confirmant ou infirmant le diagnostic posé localement.

Le développement des IoT, objets connectés en continu, utilisés lors visites au domicile ou accessibles dans des cabines, permet de mesurer un certain nombre de constantes (en automatique ou via la présence d’une personne bénéficiant d’une formation « médicale » minimale) et de les communiquer si besoin à un médecin en ligne qui pourra apporter la bonne réponse à la condition du patient. Cette technologie offre la possibilité de multiplier le recours à des ressources locales et de ne faire appel à un médecin que lorsque l’on en a besoin. 

Au-delà de la télémédecine et de la prévention à distance, quelles sont les technologies qui vous paraissent également porteuses d’efficacité ? 
Les avancées technologiques dans le développement de matériels de diagnostics ou de traitements toujours plus résistants, toujours plus petits et toujours plus transportables, sont majeures. Elles permettent de mener des campagnes de diagnostics ou de soins « mobiles » en dehors des villes, notamment sur des sujets en plein développement en Afrique tels que la détection des cancers du sein, du col de l’utérus, ou encore le traitement de la cécité grâce aux opérations de la cataracte, une maladie qui touche plus de 600 000 personnes par an sur ce continent. 

Les technologies vont impacter la formation médicale en profondeur, via le développement de la formation à distance ou de la formation par simulation. Et ainsi permettre de faciliter la montée en compétence des médecins / chirurgiens qui n’ont pas l’opportunité de suffisamment intervenir sur des patients « réels » avec des pathologies identiques pour atteindre l’excellence.

Enfin, les technologies vont également permettre d’accélérer le déploiement des systèmes de prise en charge des citoyens en simplifiant la mise en place des projets de couverture médicale universelle. En effet, la digitalisation permettra de faciliter et de mieux contrôler les échanges de documents et de paiements sans devoir construire des structures et/ou organisations complexes et coûteuses.