ITV #2 - Dr Achraf Sokari - Directeur Médical

Les fondamentaux de l’évacuation sanitaire selon C3Medical
Le docteur Achraf Sokari - directeur médical de C3Medical - partage avec nous les trois composantes indispensables pour qu’une évacuation sanitaire soit réussie.

Pouvez-vous nous rappeler les fondamentaux d’une EVASAN ? 
Premièrement je dirais la réactivité et la capacité à fournir une réponse rapide et adaptée, car nous savons très bien quand nous sommes contactés qu’il s’agit d’une urgence à gérer.  Ainsi, nous devons être en mesure d’apporter une première solution dans les 4h00 après la réception de la demande. Deuxièmement, nous pouvons parler de rigueur et de savoir-faire, nous devons à chaque évacuation composer les équipes les plus appropriées au type d’évacuation sanitaire.  Il faut noter qu’il y a différentes sortes d’évacuation : celles qui nécessitent que le patient soit intubé ou ventilé, celles qui nécessitent un infirmier, un médecin réanimateur ou un médecin urgentiste, celles qui peuvent se faire par avion de ligne ou celles qui nécessitent l’affrêtement d’un avion sanitaire. Toutes nécessitent des prérequis différents pendant toute leur durée (de la prise en charge du patient de son lieu de départ, jusqu’à son arrivée à l’hôpital de destination) qui doivent être prévus avant de lancer la mission. C’est pourquoi avant d’organiser une EVASAN, les équipes doivent systématiquement vérifier plus d’une quinzaine d’éléments d’une « checklist » spécifique. Le troisième point est le rapport qualité/prix : aujourd’hui tous les clients nous mettent en concurrence.  Il est donc important, au-delà de bien maîtriser le métier, d’avoir accès aux prestataires qualifiés et compétitifs et d’être en mesure d’optimiser les différentes étapes. Donc voilà les trois éléments importants pour une évacuation sanitaire : la rapidité, la rigueur et le savoir-faire et le rapport qualité/prix.

Lors d’une évacuation sanitaire quels sont les points sur lesquels vous êtes le plus vigilent ? 
Dans l’équipe nous sommes trois personnes, il y a le directeur médical, c’est-à-dire  moi-même – je suis médecin urgentiste spécialisé dans la médecine de voyages aériens  - et deux personnes qui gèrent les appels et le process de collecte des informations.
La clé d’une évacuation sanitaire réussie c’est de recevoir un rapport médical détaillé et de qualité, actualisé, avant l’évacuation. Dès la réception de la demande nous suivons un process précis, ce process est composé principalement de formulaires à remplir par les médecins locaux, qui traitent le patient. Ces informations ont pour vocation de nous aider à cerner l’état de santé du patient et nous permettent de définir le matériel dont nous aurons besoin (le type et la quantité d’oxygène à prévoir, le besoin d’une intubation, par exemple), le plan de vol adapté (avec ou sans escale), les modes de transport à prévoir (notamment pour aller à l’aéroport de départ et partir de l’aéroport d’arrivée vers l’hôpital de destination) et d’identifier et d’obtenir une admission dans les structures les plus à même d’accueillir le patient par rapport à sa pathologie. Cette préparation préalable et les données fournies par le malade ou sa famille et par le médecin local nous permettent de répondre rapidement et surtout de façon totalement adaptée au besoin de la situation. Dès que nous avons construit la solution de bout en bout et que celle-ci est validée avec les équipes locales et le donneur d’ordre (assurance, institution, etc.) nous déclenchons le rapatriement sanitaire. 

Est-ce que la situation actuelle  – COVID, fermeture des frontières – a provoqué des changements, si oui lesquels ? 
En temps normal les évacuation sanitaires par avion sanitaire ou « air ambulance », ont lieu lorsqu’il s’agit de de situations d’urgence absolue nécessitant une civière et la délivrance d’oxygène durant le vol, ce qui n’est pas possible lors de vols commerciaux.
Mais actuellement, il a très peu de vol commerciaux aussi nous sommes sollicités pour des conditions médicales qui ne sont pas à proprement parlé des urgences vitales. 
Actuellement nous mettons en œuvre des évacuations principalement à partir de tous les pays d’Afrique, du Moyen et du Proche Orient, vers les plateaux médicaux Européens, du Maroc et de la Turquie. Il nous arrive également d’organiser des Evasans vers et à partir d’autres régions du monde (US, Amérique Latine) mais c’est plus rare. Voilà pour le plan médical. 
Sur le plan administratif, la PAF, la police aux frontières, exige aujourd’hui un certain nombre de papiers. Ainsi, nous nous assurons que le patient a déjà, ou n’a pas besoin de visa pour sa destination, ou nous l’aidons à obtenir un visa en urgence lorsque cela est possible. Nous nous assurons également que les autorités locales de son pays ont donné le feu vert pour qu’il puisse voyager, et que nous avons toutes les autorisations de survol et de décollage.
Enfin, nous évacuons également beaucoup de cas de COVID. Durant tout le vol  nous aménageons une bulle d’isolation qui permet de voyager avec une personne atteinte de la COVID dans des conditions de sécurité optimale pour l’équipage de l’avion et pour le staff médical. Dans ces cas d’évacuations, nous sommes également soumis, au départ et à l’arrivée, à des protocoles spécifiquement développés par les administrations et les structures de soins.

Pouvez-vous partager avec nous une évacuation sanitaire récente ? 
Nous avons organisé très récemment une évacuation d’Alger vers Nice. Il s’agissait d’un malade immunodéprimé ayant subi une transplantation de greffe rénale. Mais, le patient a attrapé la COVID, et, la moindre infection pouvait engager son pronostic vital, c’est ce qui a motivé son évacuation en urgence. 
En moins de quatre heures car nous n’avions pas de demande d’autorisation de survol à faire, nous avons pu mobiliser l’équipe et trouver une ambulance avec accès au tarmac. Le vol a duré une heure quarante, le malade a voyagé dans une bulle d’isolation et le rapatriement s’est déroulé dans des conditions optimales avec oxygénothérapie et traitement appropriés durant le vol.