ITV #1 Dr Achraf Sokari– Directeur Médical

Médecin urgentiste spécialisé en médecine de voyage et aéronautique, le Dr Achraf Sokari, Directeur Médical de C3Medical, tient le rôle d’interface entre les médecins étrangers, les Care Managers et les équipes de soins en France au Maroc ou en Tunisie. Son objectif : proposer les meilleurs soins et assurer le suivi le plus adapté du patient.  
                                                                                


Comment définissez-vous l’accompagnement proposé par C3Medical ?Quelle est la spécificité de C3Medical dans les parcours de soin pour patients internationaux ?
C3Medical facilite et optimise les prestations médicales et logistiques en rapport avec des voyages de santé. Nous avons constaté que les patients internationaux voyagent de plus en plus pour se faire soigner. Ceci pour plusieurs raisons : l’accès facilité à l’information, l’absence de soins spécifiques ou le coût des soins plus élevé dans leur pays de résidence, et, jusqu’en Mars dernier, la facilité accrue de se déplacer. Mais, pour eux se faire soigner hors de leur pays est souvent un parcours du combattant. Premièrement parce que peu de patients connaissent les plateaux médicaux internationaux et qu’il leur est difficile, voire impossible, de maîtriser la politique des prix. De plus, le parcours de soin est un processus anxiogène et qui nécessite un bon accompagnement, tant médical qu’humain.  L’idée de C3Medical c’est de se placer dans ce cadre pour faciliter l’accès aux soins et optimiser les coûts. En tant que médecin je connais les tarifs et j’ai une bonne idée du nombre de jours d’hospitalisation nécessaires pour les principaux actes. Ceci permet de limiter les dépassements de frais de séjour. Mais notre spécificité ne réside pas uniquement dans l’optimisation des coûts, nous avons des Care Managers C3Medical mobiles ou présents dans certains hôpitaux qui font partie de notre organisation. Ils soutiennent avec moi les patients lors de leur hospitalisation et les accompagnent si besoin lors de leur admission ou lors des consultations lorsque le besoin s’en fait sentir.  

Dès que je suis sollicité pour l’arrivée d’un patient, je l’accompagne en pré opératoire, en peropératoire et en post opératoire. La première étape de l’accompagnement consiste à étudier et consolider le dossier médical avant de l’envoyer à nos experts. C’est une étape importante parce qu’un dossier complet c’est un devis plus précis pour éviter les surprises et surcoûts. Ensuite, en collaboration avec l’équipe médicale qui va traiter le patient, nous élaborons un parcours de soin complet : quel traitement ? Quelle durée ? Y aura-t-il de la rééducation ? Y-aura-t-il un séjour post-hospitalier. Nous mettons en place, dès que cela est possible et avec le médecin traitant, une stratégie de soins ambulatoires que nous organisons.  Nous privilégions ce mode thérapeutique pour rendre le séjour à l’hôpital le plus court possible pour des raisons de coûts et de bien-être. En résumé, pour ma part, il s’agit d’un accompagnement de bout en bout. 

La coordination est un des piliers C3Medical, qu’a-t-elle de spécifique ? 
En effet, la coordination fait partie des 3 C de C3Medical : Coordination Care Coopération. Souvent, le patient international a un médecin traitant dans le pays dans lequel il vit, et grâce à mon expérience en Afrique et au Moyen Orient – j’ai visité plus d’une trentaine de pays dans ces régions – j’ai pu constituer un réseau de médecins qui sont autant de relais pour moi. Avant que le patient n’arrive je fais appel, si nous en avons besoin, à mon réseau pour consolider son dossier. En peropératoire, je reste proche des équipes traitantes à Paris en demandant des rapports réguliers sur l’évolution de l’état du patient et je tiens informé les médecins de nos partenaires (assurance, institutions, entreprises) ou du patient de la situation.  Je me déplace aussi et je rencontre le patient. Puis vient le post-opératoire, c’est, pour moi, la pierre angulaire de la coordination. Parce que dans la majorité des cas, malheureusement nous avons constaté que dès que le malade sort de l’hôpital à l’étranger ou revient chez lui, il est lâché dans la nature. Chez C3Medical, nous coordonnons le post-opératoire selon la condition du patient par le biais d’une hotline qui permet au patient de nous avertir si nécessaire, par le bais de visites physiques si un déplacement s’impose et par le biais de notre service de logistique médicale qui fait les réservation et prends les rendez-vous. Nous organisons également le suivi par télémédecine lorsque cela est possible. Voilà pour moi la coordination se situe à toutes les étapes : avant, pendant et après. 


Quels sont vos interlocuteurs dans les hôpitaux français ? Comment travaillez-vous avec eux ?
La France est l’une des destinations principales de notre activité « Medical Travel », c’est pour cela que nous sommes installés à Paris. Mais, nous ne travaillons pas seulement avec la France, nous avons aussi un réseau au Maghreb – notamment au Maroc où nous avons un bureau et en Tunisie. Nous choisissons notre réseau d’experts de façon très minutieuse car c’est un peu le « nerf de la guerre ». Nous nous attachons aux ressources humaines, à l’expertise sur telle ou telle spécialité des hôpitaux partenaires mais aussi au choix du matériel, qu’il soit le plus performant possible et bien utilisé. A titre d’exemple, c’est la raison pour laquelle nous travaillons en étroite collaboration avec l’Institut Curie reconnu pour ses compétences et son excellence dans le traitement des cancers. L’Institut Curie pratique la protonthérapie (innovation en radiothérapie qui permet d’irradier uniquement les cellules cancéreuses en épargnant les tissus sains). C’est le plus ancien et expérimenté des trois centres en France et des 70+ centres au monde. C’est également ce qui explique notre proximité avec l’Institut Mutualiste Montsouris qui est l’un des leaders de la chirurgie assisté par robot au niveau européen.
Nous avons aussi noué des relations avec des centres partenaires spécialisés dans les autres pathologies dont l’hématologie, les greffes, l’orthopédie, la neurochirurgie, l’ophtalmologie, la cardiologie, le digestif, etc.  Nous essayons à chaque fois de sélectionner les meilleurs et ceux qui ont également une capacité et une volonté de développer la patientèle internationale.

L’humain au centre est un autre pilier, qu’est-ce que cela signifie pour vous ? 
Pour moi, un voyage de santé est quelque chose de très précieux, ce n’est pas du tourisme, ce n’est pas quelqu’un qui vient pour ses loisirs, c’est quelqu’un qui vient pour une raison bien déterminée : se faire soigner parce qu’il est souffrant. Ainsi, le côté humain, le côté psychique chez le patient a une grande importance pour nous car nous savons que le parcours de soins provoque de l’anxiété chez le patient et chez ses proches. C’est pour cela que nous n’oublions jamais l’humain et communiquons beaucoup. 

Le contrôle des coûts fait partie des propositions de C3Medical, pouvez-vous nous expliquer comment vous arrivez à proposer des parcours de soins optimisés ? 
Pour C3Medical, un parcours de soin s’optimise avant tout sur la durée de l’hospitalisation. Nous avons constaté trop souvent que pour les patients internationaux certaines structures ont tendance à garder les patients trop longtemps. Au-delà de ce constat, nous savons également que des patients seuls ont tendance à souhaiter rester à l’hôpital plutôt que de se retrouver à l’extérieur, convaincus d’y être plus en sécurité.  Mais, moi qui suis médecin je connais à peu près les durées d’hospitalisation des différentes interventions et nous avons en plus accès à des bases de connaissances permettant de contrôler cela. Enfin notre support individualisé des patients nous permet de les faire sortir rapidement et donc de ne pas dépasser les durées de séjour « normales ». 
Deuxièmement, optimiser le coût c’est consolider un dossier médical récent et de qualité dès le début. Par exemple : si je reçois un rapport médical qui parle d’une pancréatite et que je constate suite à l’obtention de tous les éléments nécessaires qu’il s’agit plutôt d’un cancer, les soins et les structures à solliciter sont très différents.  Troisièmement nous choisissons les structures qui pratiquent des tarifs transparents et raisonnables. Malheureusement, nous avons remarqué que lorsqu’il s’agit de patient venant de l’étranger il peut y avoir surfacturation, cela est inadmissible. Nous avons avec nos établissements partenaires des grilles tarifaires qui nous permettent de comprendre les tarifications des actes et de valider les factures reçues pour s’assurer de ne pas payer plus que ce qui est du. Enfin, nous pouvons optimiser le coût par le mode d’hébergement en post-opératoire, pour cela nous proposons en accord avec le médecin traitant des centres de rééducation (SSR) si nécessaire ou, dès que nous le pouvons, des maisons de malades, des appart ‘hôtels, des appartements ou des hôtels, dans lesquels nous pouvons organiser des « soins à domicile ». Les quatre composantes de l’optimisation des coûts c’est : une connaissance des nomenclatures associé à un suivi du patient, un dossier complet dès le début, une durée de séjour optimisée et un contrôle des tarifications proposées par les structures de soin. 

Avez-vous un cas qui vous a particulièrement marqué ? 
Je vais parler d’un cas récent. J’ai été appelé en urgence par un partenaire pour un patient d’origine Gabonaise. Il souffrait d’une douleur abdominale avec suspicion de cancer pancréatique. Le malade inconscient n’était pas en état de prendre un vol de ligne il a été décidé de le faire voyager en avion médicalisé que nous avons organisé.   Je l’ai accompagné durant le vol Libreville-Paris, j’ai même été amené à le mettre en condition de voyage durant tout le trajet.  A l’arrivée, il y avait l’accès tarmac de l’ambulance qui attendait au pied de l’avion puis nous avons acheminé rapidement le patient à l’hôpital qui l’attendait. Au bout de 2-3 jours quand je lui ai rendu visite le patient était sorti d’affaire, heureusement pour lui ce n’était pas un cancer. Ce cas m’a marqué, j’étais agréablement surpris, j’avais devant moi un monsieur debout qui me parlait, et me remerciait alors que quelques jours plutôt il était entre la vie et la mort.

Est-ce que la pandémie a fait évoluer vos méthodes ? Si oui comment ?
La crise sanitaire a eu un impact très important sur notre activité.  Nous avons vu se réduire le nombre de malades que nous devions accompagner en France et au Maroc et avons pu constater notamment une aggravation des symptômes ou des situations de patients qui ont finalement réussi à voyager avec du retard. 
Néanmoins, la fermeture de certaines frontières nous a obligé à repenser nos process et nos offres.  Nous avons notamment accéléré notre développement vers la Tunisie qui était plus souple pour laisser rentrer les patients étrangers, et avons développé la téléconsultation, notamment pour les visites de contrôle ou de suivi. 
Afin de rapatrier des patients atteints de la COVID nous avons du développer notre offre d’évacuation sanitaires afin de pouvoir répondre à des demandes très spécifiques et très éclatées dans le monde.
Nous avons envoyé également des médicaments nécessaires à des soins quand cela était possible. Il n’y avait pas de rupture et cela a permis de consolider nos relations avec nos patients, ils ont apprécié.